Vidéos

Une volonté de faire ressentir le temps dans son intensité et profondeur.

Mes vidéos axées sur la lenteur proposent au spectateur de ralentir voire de s’arrêter pour explorer l’intensité du moment présent et ce qu’il nous propose constamment à la vue, mais qu’on ne perçoit pas parce qu’on ne prend plus le temps de s’arrêter. Il y a cette envie paradoxale de l’humain avide de découvrir la fin sans parcourir le chemin nécessaire ; de vouloir le futur sans passer par le présent, abolissant ainsi le processus. Cette accélération des choses dont on est tous témoin part d’un constat de la société où l’on ne sait plus se situer à cause d’une perte de la notion des distances, du temps, d’une perte du réel. L’infinité des possibles qui s’offrent à nous tant par les choix que le flux d’images dans lequel on évolue joue un rôle dans cette perte de réalité et cette perte du sentiment d’être. Mes vidéos sont un élément de réponse à ce constat. Elles essaient à travers cette extrême lenteur de mettre en relief ce qui nous échappe ; à notre regard, à notre attention, à notre sensation d’être et d’appartenir à ce monde mais aussi à nos choix qui nous échappent autant qu’ils déterminent et cloisonnent cette fuite cognitive et sensorielle. Sans vouloir donner de réponse – que je n’ai pas –, je souhaite illustrer cette nécessité de re-trouver un moyen de se sentir être, de se situer in situ, ici et maintenant, hic et nunc.

D’apparence trompeusement figée, l’image procure un trouble lors du visionnage sans qu’on puisse mettre des mots précis sur le phénomène. Un mouvement subtil et lent est introduit dans l’image en faisant se confondre voire se « dissoudre » des images fixes entre elles dotées d’une même unité chromatique et d’une même forme globale. Des écarts se créent mettant en tension les images les unes par rapport aux autres pour un devenir labile. Via les rencontres qui s’opèrent par transparence, se créent du commun : les images se réfléchissent l’une dans l’autre à travers des failles qui s’ouvrent dans l’image. En émerge alors une infinité de nouvelles images par l’exploration de cet « entre » partagé où un déploiement de l’infini par l’infime a lieu. Cet ordre processuel et discret chemine vers cette infinité des possibles de l’image et, est à l’origine de ce trouble ressenti, cette respiration voire ondulation de l’image qui perturbe nos sens. 

L’introduction de ce mouvement dans l’image de manière très lente brouille nos habitudes de perception. Le procédé questionne le temps de la contemplation et de la réception chez le spectateur. C’est un autre rapport à l’image ; tandis que notre oeil parcourt l’image qui lui apparait comme fixe, celle-ci se transforme et n’est déjà plus la même lorsque l’oeil revient à son point initial. En tout instant la photographie se diffère de l’instant d’avant, infimement. Il y a par ailleurs tout un jeu d’illusion, d’hallucination voire de tromperie à travers ces transformations silencieuses qui s’opèrent sous nos yeux. Ces infimes changements questionnent notre capacité à voir : hallucination ou réalité de variation ? Ces métamorphoses de l’ordre de l’imperceptible explorent l’attention et le regard porté à l’œuvre. Un temps d’adaptation est nécessaire pour acclimater son regard à ce flux lent.